vendredi 31 mai 2013
LES BONS PLANS (12)
Une question se pose régulièrement avec acuité, plus encore en période dite "de crise" : comment faire face à la mauvaise foi ? Certains trouvent vite leur méthode, une beigne, une mandale, une châtaigne, etc. [ voir la chanson de Renaud ]. Mais là, vous risquez aussi d'en prendre plein la gueule. D'un autre coté - on the other hand, comme disent les anglais - si vous êtes adepte de la non-violence, ce n'est pas si simple. Autant lutter contre la mauvaise humeur, la mauvaise haleine, la mauvaise compagnie est accessible à chacun, autant se contenir face à une personne qui désire ardemment l'affrontement demande une stratégie et un entrainement long et difficile. J'ai longtemps cru avoir trouvé la parade dans le silence. Et il est prouvé que le silence, neutre, indolent et inexpressif est une arme redoutable. Inconvénient majeur, cette attitude est très difficile à conserver plus de cinq minutes en présence d'une personne motivée et virulente. Ce choix qui s'apparente à un retrait émotionnel tient rarement plus de deux ou trois minutes et fait alors place à un autre type de silence, le silence ironique. Or rien n'exacerbe plus l'ire du mauvais foissoyeur que l'ironie. La meilleure solution reste la fuite et il faut quitter la place si vous voulez conserver votre intégrité physique. Le pouvoir de l'esprit atteint vite sa limite
jeudi 30 mai 2013
En 1968, Joe Cocker reprend With A Little Help From My Friends des
Beatles. L'année suivante, il la chante à Woodstock. Toujours en 1968,
Jimi Hendrix nous refait le coup avec All Along The Watchtower de
Dylan. L'année suivante, comme il ne fait rien comme tout le monde, il arrive en retard sur scène à
Woodstock, la dernière nuit (tellement en retard que le jour du lendemain se lève) et ne la joue pas, ni Wild Thing, ni Sergent Pep- per's Lonely
Hearts Club Band (reprise), mais the Star Spangled Banner (sans lever le poing ganté de noir), Izabella et un échantillon représentatif de sa production avec son nouveau groupe, a Band of Gypsies. Ça va durer encore longtemps ? Non. En 1970, rien ; il meurt de reflux gastrique. En 1971, rien ; c'est Jim Morrison qui est retrouvé endormi profondément dans sa baignoire, mort d'hydrocution, son cocktail d’amphétamines et de curaçao n'ayant pas supporté le choc thermique. Putain,les seventies commençaient mal, pensez-vous, enfin c'est ce que je crois déceler dans votre silence embarrassé qui me semble assourdissant. Non, jeunes amis qui avez la vie devant vous, mais qui l'aurez sur le coté chaque fois que vous ferez un quart de tour, 1972 est une année magnifique. Roxy Music est en studio et confectionne une bombe artisanale. Bowie aussi. Et puis, il y a ce 45t des Rolling Stones = Tumbling dice / Sweet Black Angel. La pochette est un dessin pour enfants, avec du rose et du rouge, qui annonce un LP nommé ESJCF (Exile in Saint-Jean-Cap-Ferrat). Si vous appelez ça une décennie qui commence mal, il faudra me dire ce qu'est une décennie qui commence bien. Qu'est-ce que je voulais vous dire d'autre ? Rien, pourquoi ?... Ah si ! En 1972, Maxayn Lewis, une chanteuse noire et fière de l'être, se dit qu'elle aussi a le droit de s'approprier les hits des blancs. Elle choisit Gimme Shelter. Son groupe a pour nom le prénom de la belle. Ce ne sont pas des mauvais choix.
mercredi 29 mai 2013
Quai Vauban à B. dans une chambre de bonne ; avec Natch, je prépare le tournage d'une scène de « Raide Mouvant » de Samuel Beckett ; il y a un problème de lettre, ou d'esprit ; on a besoin de SB, ou de son biographe ; c'est inquiétant car important ; tension car attention ; SB ne peut pas être joint ; son biographe s'appelle Jean-François ; il n'est pas là non plus mais sa femme est au courant ; la scène est difficile ; c'est la fin d'après-midi, on n'a pas d'acteurs ; la présence de SB ou du biographe est indispensable ; une femme arrive essoufflée, car l'escalier est raide mouvant, aussi ; elle reprend son souffle et râle ; elle n'est pas la femme de Jean-François, juste son attachée de presse ; je l'avertis « c'est lui ou sa femme et rien d'autre » elle gémit « mais vous n'y pensez pas ! » ; stupeur, elle se cure les dents ; le moral est au plus bas, l’obscurité monte d'un cran ; que faire ?..
mardi 28 mai 2013
Durant l'été 1978, je squattais la maison de mes parents qui étaient partis en vacances. Seul et libre comme l'air, je saisis cette occasion et laissai libre court à mon penchant naturel pour le far pas grand chose, une variante septentrionale du farniente. C'est le moment qu'avait choisi la télévision suisse romande pour rendre hommage à Roland Kirk, mort six mois plus tôt, en diffusant un extrait de son passage à Montreux l'été précédent. Quel choc visuel ! Sur l'écran cathodique imparfait, à l'intérieur du tube devrais-je dire, Rahsaan Roland Kirk suait la musique de tous les pores de sa peau, plus luisant que Jacques Brel à l'Olympia mimant "Ces gens-là", rincé jusqu'à l'os, quatre ou cinq anches à la bouche, un drôle de bonnet sur la tête. Le choc musical, je l'avais eu bien avant. Avec l'album de Mingus OH YEAH dans lequel RK est éblouissant, puis par l'intermédiaire de Ian Anderson et de la fantastique version de Serenade to a cuckcoo sur le premier LP de Jethro Tull. Mais rien à voir avec le fait de le VOIR, en VRAI et en action. Grandiose, inouï.
lundi 27 mai 2013
Ton homme politique de référence ?
> Ernesto Guevara
Non, pas lui
> Pourquoi ?
Il est hors catégorie, tu me l'as dit et redit
> À ce point ?
> À ce point ?
Oh que oui... un autre !
> Le grand Charles
Oui, mais tu l'as connu
> Comment ça, je l'ai connu
Je veux dire : tu l'as connu en exercice
> Et alors, qu'est-ce que ça change ?
Non... dis-moi un politique mort, d'avant ta naissance
> Un mort dont l'esprit pourrait être une renaissance ?
Exactement
> Franklin D. Roosevelt
Qu'est-ce qu'il avait de plus que les autres ?
> Cinq ou six choses
À savoir ?
> un handicap physique, une vision, l'idée géniale du new deal
Ça fait trois
> la faculté de savoir parler à son peuple, son action en 1943-44
Et la sixième ?
> La chance
Quelle chance ?
> Mourir en avril 45
C'est une chance ?
> Oui, celle de laisser Hiroshima à Truman
> Cinq ou six choses
À savoir ?
> un handicap physique, une vision, l'idée géniale du new deal
Ça fait trois
> la faculté de savoir parler à son peuple, son action en 1943-44
Et la sixième ?
> La chance
Quelle chance ?
> Mourir en avril 45
C'est une chance ?
> Oui, celle de laisser Hiroshima à Truman
dimanche 26 mai 2013
« Tout au long de ma carrière, je n'ai choisi - à part un concert avec David Bowie ou Elton John - que deux personnes : Paul McCartney et Yoko Ono. OK ? J'ai fait entrer Paul dans le groupe de départ, les Quarrymen, et lui a amené George et George a amené Ringo. J'avais mon mot à dire, mais la première chose que j'ai faite, c'était de faire entrer Paul McCartney dans le groupe. Et la seconde personne qui m'ait intéressé autant en tant qu'artiste avec qui je pourrais travailler, c'était Yoko. Ce n'est pas un mauvais choix » [ .. ]
extrait d'une interview de John Lennon par Jonathan Cott à New York - 5 décembre 1980
samedi 25 mai 2013
jeudi 23 mai 2013
Plusieurs médias annoncent la mort de Georges Moustaki. Mais d'où savent-ils qu'un artiste meurt ? Qui plus est un George(s). Et pourquoi pas Brassens pendant qu'on y est ? Et Perec et Harrison, et Giorgio de Chirico, et puis Hergé aussi peut-être ? Continuez comme ça les gars, et dans quelques années, la liberté de la presse, faudra pas s'étonner si elle sert de lunette dans les chiottes de la démocratie [..]
LES BONS PLANS (11)
Vous êtes jeune, musicien, plein de vie, vous rêvez de faire un groupe, un concert, un disque. Composer, écrire, arranger. Mais votre inspiration est faible, vos tentatives ne sont pas probantes et vous ne savez plus dans quelle direction porter votre effort. Vos musiques sont fades, impersonnelles, interchangeables avec n'importe laquelle de celles qui inondent les ondes. Vos textes sont plus intéressants, mais un texte sans musique n'est pas une chanson. Vous savez qu'une solution existe, vous en avez entendu parler car certains l'ont essayée, parfois avec succès. Il suffit de puiser dans le réservoir existant. De préférence parmi des chansons d'artistes de deuxième catégorie, voire de troisième. Si vous êtes anglais, pompez dans le réservoir US. Si vous êtes américain, dans le vivier british. C'est mieux, ça se verra moins. Quand je dis puiser, il faut préciser "habilement". Si vous piquez une musique qui est passée de mode ou qui est tombée dans l'oubli, il ne faut pas qu'on puisse la reconnaître tout de suite. Seules les premières mesures sont protégées par les droits. Au bout de trente secondes, vous pouvez y aller. C'est ce qu'ont fait les Palma Violets avec leur titre Step up for the cool cats. La source : I'm a believer des Monkees. Bon, je suis d'accord avec vous, y a pas mort d'homme. Mais c'est quand même une façon de faire les poches de Neil Diamond. C'est sûr, les Monkees non plus n'étaient pas des auteurs-compositeurs, juste des interprètes, mais ils avaient la politesse de payer un pro pour le faire.
mardi 21 mai 2013
FRAGMENTS D'UN MANIFESTE CANIN (25)
Le vingt-cinquième fragment du manifeste canin concernant la d-fraternité n'est pas prêt. Bien qu'à la réflexion, les concepts de d-citoychienneté, de d-précarréité et de d-pride soient relativement bien définis dans ma tête, je n'arrive pas à les coucher sur le papier, et conséquemment à les faire entrer dans la colonne du journal. Devant cette difficulté imprévue, j'ai sollicité un avis du MDC - le Maître Des Chiens - le plus proche de mon domicile, mais certaines de mes récentes prises de position l'ont mal disposé à mon égard. Sans un signe ou une réponse claire de sa part avant le 30 juin, je vous donnerai mon sentiment personnel sur ce qui est loin d'être un point de détail, à savoir la moderni-sation du statut canin au 49ème siècle.
N.B. Je m'aperçois que j'ai oublié de vous signaler que notre calendrier n'est pas basé sur la naissance de Jésus le Palestinien, mais sur celle de Keo Djap, le chien mythique égyptien dont la représentation a été étudiée en 1820 par Champollion lors de ses travaux sur les hiéroglyphes. Ce dernier avait situé l'apparition de KD aux alentours de 3000 avant JP. Cette date a été affinée depuis. En 1980 le SDUC [ Speaking Dogs Universal Council ] l'a fixée arbitrairement au 1er mai de l'an 2840 avant JP. Nous, chiens parlants et non-parlants, athées ou croyants, pratiquants ou non, sommes donc entrés depuis quelques jours dans l'année 4853. Mais il est bien évident que dans un souci d'intégration, nous continuons d'utiliser le calendrier catholique apostolique romain.
N.B. Je m'aperçois que j'ai oublié de vous signaler que notre calendrier n'est pas basé sur la naissance de Jésus le Palestinien, mais sur celle de Keo Djap, le chien mythique égyptien dont la représentation a été étudiée en 1820 par Champollion lors de ses travaux sur les hiéroglyphes. Ce dernier avait situé l'apparition de KD aux alentours de 3000 avant JP. Cette date a été affinée depuis. En 1980 le SDUC [ Speaking Dogs Universal Council ] l'a fixée arbitrairement au 1er mai de l'an 2840 avant JP. Nous, chiens parlants et non-parlants, athées ou croyants, pratiquants ou non, sommes donc entrés depuis quelques jours dans l'année 4853. Mais il est bien évident que dans un souci d'intégration, nous continuons d'utiliser le calendrier catholique apostolique romain.
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