3 rue de l'homme-œuf Our Planet Project
Monsieur Purkardt,
Votre pool Mankind Prospects m'a proposé d'intégrer le jury populaire mondial
D.O.Goldman
Personne n'a oublié Guillaume Tell, sa révolte et son adresse légendaire, la pomme transpercée sur la tête de son fils. Celui-ci a subi quelques moqueries, du style Tell père, Tell fils, etc. Sa sœur est restée dans l'anonymat. Ses parents l'avaient appelée Taglia, un joli prénom italien, mais qui lui a valu quelques sourires et blagues de potaches. Toi je vais te manger al dente, mais à quelle sauce...
Dans un mois, ou quatre semaines, ou vingt-huit jours, ce sera l'anniversaire de ma mère. J'attends ce jour particulier avec impatience. Je pense souvent à elle. Elle me manque, parfois un peu, parfois plus qu'un peu. J'ai bien conscience que c'est dans l'ordre des choses, mais ça ne change rien, ça échappe à tout contrôle. Et du côté de l'hippocampe, dans ce petit refuge impénétrable du cerveau limbique, sont retenues quelques-unes de ses paroles, de ses idées, parfois j'ai les mêmes. Je l'entends encore me dire, un jour au bord d'une rivière : « Toute cette eau qui s'écoule sans jamais s'arrêter, comment est-ce possible? » On a beau comprendre ou se convaincre que c'est toujours la même eau qui tombe du ciel depuis la nuit des temps et qui court se jeter dans les océans avant de remonter à toute vapeur dans l'atmosphère et de repiquer tête la première sur terre, y a de quoi se pincer et s'émerveiller, ou s'inquiéter et se ronger les sens, c'est selon. Troisième choix, s'en battre les flancs, comme Astérix.
« Ne bougez pas Monsieur, les secours vont arriver ». Sur le trottoir, une femme se mord la main. « Tout va bien » lui dis-je en descendant la branche maîtresse et en me laissant glisser le long du tronc de ce beau tilleul. J’atterris à ses pieds. Elle pousse un petit cri et fait un écart. De l'autre côté de la rue, un attroupement s'est formé. Comme d'habitude à cette heure du jour dans les lieux publics. Ces gens me prennent pour un singe échappé d'une cage qu'un gardien étourdi, supposent-ils, a dû fermer mal. Pas de temps à perdre en vains bavardages. J'agrippe une grande grille forgée haute d'un étage et de là m'élance dans un pin bleu. Sous mes yeux, un parc qui borde la voie ferrée du Marin Brun. Des cèdres, un saule redingote et au fond, l'entrée d'un tunnel. Je vois tout, mais la sirène d'une ambulance me ramène à la réalité. Ce parc est celui d'un hôpital. Un autre véhicule de secours arrive, suivi d'un camion de pompiers. Sons et lumières bleues, oranges avec du rouge, du blanc. Ça recommence. Me livrer à leurs camisoles, textiles ou chimiques ? Non. Je n'ai pas volé toute une vie dans les arbres pour me résoudre à déambuler le nez sur des vitrines, le cul sur des banquettes. Liberté surveillée, en France comme ailleurs, mais liberté inaliénable. Une fois de plus, je vais décliner mon identité, donner des gages de civisme et de respectabilité. Et si ça ne suffit pas, j'irai chercher ma botte secrète, cette photo avec Peter Lorre prise à Fresno, dédicacée "To my friend, the flying frenchie".
Phil Spector est mort dans sa prison de Stockton en Californie. Il y purgeait une peine de 19 ans pour le meurtre d'une femme par arme à feu en 2003. C'était son côté américain absolutiste, le deuxième amendement, les flingues, les calibres, the silver bullets et tout ce qui va avec. Pour ça, je le déteste, pour cette violence constitutive de sa personne, je le hais. On the other hand, sans Phil Spector, pas de Ronettes, pas de Crystals, pas de Wall of Sound, pas de Be my baby, ni de Da doo ron ron. Sans not' p'tit Philou, pas d'Instant karma ni d'Imagine, en tout cas pas sous cette forme. Faut y penser, quand même. Et puis il y a Let it be, le dernier album des Fab Four. Craignant la mégalomanie de Spector, Paul ne voulait pas de lui sur ce coup. Mais John avait des arguments, donc ça s'est fait. Paul est un gentil garçon, mais il a ses têtes. Il l'avait gardé en travers et en 2003, il veut refaire Let it be... Naked. Il retire Dig it et Maggie Mae qui ne sont que des gags et rajoute Don't let me down. OK, très bonne idée, mais ce qu'il veut avant tout c'est débarrasser les chansons de leurs arrangements spectoriens. Le problème est que, au lieu de magnifier cet opus sous-estimé, il met en perspective le travail de Phil S. Et force est de constater, comme on dit dans les débats entre gens de bonne compagnie, que le traitement du son créé par le parano du Smith&Wesson en 1970 est parfait. Il ne dénature en aucune manière l'esprit ou la lettre de Here is the Beatles End. Alors va, Phil Spector, je te hais mais je ne te déteste point.
Il faut que M.Olivier Véran, Ministre de la Santé, se mette en relation de toute urgence avec M.Jean-Paul Hamon, président d'honneur de la Fédération des Médecins de France. Depuis le début de la crise sanitaire, on a souvent tendu les micros au Professeur Raoult pour recueillir sa sainte parole, au risque de se priver de l'avis éclairé d'autres éminents spécialistes. Parmi ceux-ci, M.Hamon. On ne l'a pas assez souligné, mais il se trouve que ce dernier a le même don que le regretté Sâr Rabindranath Duval. D'instinct, il voit, il synthétise, il comprend avant tout le monde ce qu'il faut, ce qu'il faudra et aussi bien sûr - c'est dans ce domaine qu'il excelle - ce qu'il aurait fallu faire. Dans la situation actuelle, il faudrait être fou pour ne pas mettre toutes les chances et toutes les compétences de son côté. Alors nous vous en conjurons, Monsieur Véran, ne tardez plus, c'est trop important !
Ségolène a raison, François Mitterand n'aurait sûrement pas fermé les librairies, ni les cinémas et les salles de spectacle. C'est bien connu, il aimait tellement les écrivains et les acteurs qu'il a eu une idée de génie. Il a mis en place une cellule très performante, spécialisée dans les écoutes téléphoniques. Il a pu ainsi s'adonner à l'un de ses hobbies, se laisser bercer par la voix de ses artistes préférés, en plus de s'enivrer de la sienne (...)
Alignant les bûchettes, il en compte cinquante-quatre. Il les regarde l'une après l'autre et nomme chacune d'elles : Attila, pendule, à boire, Jacob, l'éléphant. Puis il les compte à nouveau et n'en dénombre plus que quarante-huit. Alors il leur donne un autre nom, car elles ne sont sûrement plus les mêmes : Rouge, violet, mur, Jaune. Mais il ne les compte plus, elles changeraient encore. Non, il ne compte plus un, deux, trois... il les observe longuement, l'une après l'autre, et sombre dans un profond sommeil.
1er juillet 1940, les Allemands sont dans le Bassigny. Eugène Bernard n'en verra pas plus. La mort le touche avant le regard de l'occupant. Maurice, neuvième d'une fratrie de dix, est orphelin de père à quinze ans. Il assurera une part grandissante dans l'exploitation. Avec la flamme que son enfance lui a insufflée, il mettra la force de ses bras et l'acuité de son regard au service d'une détermination sans égale dans le voisinage. Sa force de travail, celle que Karl Marx a mise en lumière dans Le Capital, restera inégalée. Décembre 2020, il rend son dernier souffle. Il s'en va retrouver Eugène, qu'il a si bien aimé et auquel il a rendu, bonifiée, la fierté du travailleur de la terre. Connaître son père et lui survivre quatre-vingts ans, rares sont ceux qui y parviennent.
L'âme du corps, où la chercher, comment établir le contact, comment entrer en communi- cation et négocier avec elle ? « Va voir du côté de l'esprit »
me souffle une petite voix d'un ton familier. Ce doit être la voie indiquée par le bon sens, mais le bon
sens sans la bonne direction, ça ne fait pas avancer la carcasse.
MNÉMOTECHNIQUE POUR TOUS (53)
Cédric O : secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques (en poste)
Frank Pé : dessinateur de BD, belge, La Bête (2020)
Jacky Ickx : pilote automobile de grande longévité, six (6) fois vainqueur des vingt-quatre (24) heures du Mans
Hermann Hesse : écrivain suisse, né à Calw (D), Der Steppenwolf, Prix Nobel 1946
> quel souvenir tu voudrais qu'on garde de toi ?
- un rapiat de boulevard, loin de Poquelin
> tu plaisantes !
- non, un vieux qui a tellement compté
son or qu'il a fini en Picsou Parkinson
> ?..
- comme George Harrison !
> arrête... sans déconner...
- mais je déconne pas, sérieux
> non, vraiment... tu aimerais laisser
quelle image à tes enfants ?
- celle d'un benêt
> ??...
- comme Paul McCartney
Love me do, un hit en puissance - qu'il ne fut pas à sa sortie en 1962, c'était trop tôt. Cette chanson est surtout connue pour être le premier enregistrement des Fab Four sous la houlette de George Martin. Le chorus d'harmonica de John avec ce swing insidieux, les vocaux, la ligne de basse, tout est bon. Bien supérieur à Please please me. From me to you scelle la naissance de la marque "The Beatles from Liverpool", une composition qui dame le pion à Please please me. Et puis She loves you, un rock magistral qui déclencha la Beatlemania all over the world, bien plus sûrement que Please please me. Sans oublier I want to hold your hand, une pépite bringuebalante tout en break and shake. N°1 aux USA, un titre qui éclipse Please please me. Oui, je sais pas pourquoi, c'est bizarre mais Please please me me plaît pas.
Un jour de vacances au jardin, nous avons parlé de Romain Gary. Elle avait rapporté un de ses livres de la bibliothèque du quartier, ou bien c'est Bérengère qui le lui avait prêté. Lequel, je ne sais pas. Ou était-ce un article dans L'Express qui parlait de ce compagnon de la Libération passé à la postérité pour avoir avoir cédé devant le pouvoir des mots ? Elle lisait beaucoup et ne m'en parlait pas. Je lisais un peu et n'en pensais pas moins. Qu'avons donc pu nous dire à propos de RG ? Non pas des renseignements généraux, ça c'était le domaine de daddy. Une impression sur son style, sa vie, en tout cas pas grand chose car il n'en reste rien. C'était peut-être peu après sa mort, et alors nous étions dans des mondes parallèles, elle sous le coup de ce suicide coup de tonnerre et moi pleurant John Lennon, cinq balles dans le dos dans la nuit de NYC. Quand ma mère me manque, j'ai envie d'en parler avec Romain Gary.
ÇA ME PLAÎT (10)
À trop se baigner dans les Pink waters, il arrive qu'on se Floyed. C'est ce qu'il m'est arrivé en 1970. Décrypter les subtilités de la pochette d'Ummagumma ne dure qu'un temps, on s'en lasse. Ils étaient vingt et cent, les pur-sangs qui abreuvaient mes sillons, et j'ai zappé Gilmour, Mason, Waters & Wright. Bien sûr, il y a eu Money et sa cascade de bandits manchots, mais rien à voir avec le réveil-matin discret de A day in the life, « Wake up, fell out of bed, dragged a comb across my head... » Bref, pour en finir avec ces K7 sorties de nulle part dont je vous ai rabattu les oreilles dans un chapitre précédent, je dois avouer, sans vergogne, que j'ai écouté Atom Heart Mother et Meddle pour la première fois en octobre 2020. Je veux dire : d'un bout à l'autre. Bien sûr, j'en ai entendu des bribes, de loin en loin, chez certains vieux potes psyché-babordéliques, et je connaissais ces albums "de pochette", comme on connaît quelqu'un "de vue". Résultat des courses, comme dit mon beau-frère d'Italie, ils me plaisent bien. Peut-être que la vache holstein fait tinter à mon oreille le cliquetis des sabots de Scarecrow et que Fearless m'envoie à Liverpool, dans les tribunes d'Anfield Road. Never mind. Je vais réarmer ma platine phono et déposer Harvest SHVL 781 et SHVL 795 sur l'Aimable Cylindre Délicatement Caoutchouté (ACDC)