mercredi 17 juillet 2013
lundi 15 juillet 2013
samedi 13 juillet 2013
vendredi 12 juillet 2013
MUSIQUE, TOUR, DÉTOUR, DIX CONCERTS [ INTRO ]
La musique ne se raconte pas, c'est le plus immatériel des arts. Les concerts non plus. On peut s'en souvenir, un peu, beaucoup, passionnément, et puis perdre soudain toute trace tangible, se retrouver avec une simple sensation, une petite lumière, une vibration. Le premier concert est parfois difficile, c'est un choc émotionnel. Ou alors c'est le second qui accroche. Après, ça roule tout seul. Le premier c'était Memphis Slim, avec sa mèche blanche en haut du front, pile au milieu, et ses ratiches étincelantes comme les dominos du piano. Natch était là. Y'ug aussi. C'est la seule année où on a été réunis dans une même enceinte. Spirituelle et scolaire. Musicale et politique. Automne 68. L'année d'après Y'ug est parti, il avait son bac. Avec mention, le salopiot. Natch et moi sommes restés. En 1969, j'ai rêvé d'un coin de ciel bleu à Londres, un quart de mètre carré d'herbe verte au bord de Serpentine... Dr Sympathy et Mr Hyde Park. Mais ce n'était qu'un rêve. En 1970, le troisième concert a été le bon, celui qui débloque la situation. Charlie Watts et ses Rolling Stones étaient à Paris pour trois soirs, au Palais des Sports de la Porte de Versailles. Il a fallu se transporter sur place et ça n'a pas été simple. Mais Charlie a été très bon et les deux Mick ont fait le job. Keith ? Transparent ce soir-là, comme sa guitare.
jeudi 11 juillet 2013
Marseille 1970... Corey sort de prison, les mains dans les poches... il est sans un flèche, juste un coup que lui a indiqué un gardien juste avant sa sortie... il débarque à l'improviste chez son ancien complice Rico qui vit avec sa fiancée d'avant... la fille a l’ouïe fine... elle se lève, écoute à travers la porte de la chambre... Rico est dans ses petits souliers... « tu sais, si je ne me suis pas manifesté pendant ces quatre ans... »... « cinq »... « ces cinq ans... »... « à cette heure-ci, les banques sont fermées, mais laisse-moi deux heures et je te donnerai une somme conséquente... »... Corey est un homme pressé, il désigne le coffre derrière le tableau... il retape son pote d'un flingue et d'une grosse liasse, puis part faire du shopping... il craque pour une Plymouth Fury en vitrine d'un garage de voitures d'occasion... il est tôt, le garage n'est pas encore ouvert... en attendant, il monte l'escalier d'un club de billard... la grille se ferme devant lui... « mais c'est fermé, Monsieur ! »... Corey-Delon tend un billet au cerbère, la grille s'ouvre... il rallume une lampe au-dessus d'une table, choisit une queue... il prend la petite craie carrée et la frotte sur l'extrémité... un tour dans un sens, un tour dans l'autre... gros plan sur le bout... un tout petit cercle, d'à peine un centimètre de diamètre... le cercle rouge... pas besoin de chercher ailleurs...
mercredi 10 juillet 2013
mardi 9 juillet 2013
FRAGMENTS D'UN MANIFESTE CANIN (31)
Les chiens s'en foutent, mais les humains non. Ils veulent savoir ce qu'on pense d'eux. Ils sont friands de renseignements généraux, mais se méfient de leur race et préfèrent un regard extérieur porté sur leur comportement. Faute de pouvoir recueillir celui des chiens en général, ils questionnent alors les chiens parlants. Pas plus tard qu'y a pas longtemps, un bel aryen auvergnat me mettait à l'aise : « parle franchement, me lustrait-il dans le sens du poil, c'est pour un sondage anonyme ». Je me laissai donc aller à quelques confidences. Quand je lui dis que je trouvais ses congénères agressifs, peu respectueux d'autrui, il sourit, façon de dire : ça ne compte pas, c'est un jeu de rôle qui fait partie de notre patrimoine génétique. Quand j'ajoutai que les humains avaient souvent un vilain penchant pour la pratique du culte de la personnalité, il m'a dit que je tombais dans la caricature. Je m'abstins donc de lui parler du petit père des peuples, du grand timonier et de quelques autres individus que je gardais sous le coude pour qu'il sache que je n'étais pas sot. Mais c'est quand je lui ai dit que sa race était tombée bien bas en se vautrant dans la religion comme un éléphant dans la boue, qu'il s'est énervé et m'a dit d'aller faire les poubelles comme mes frères. L'opium du peuple a des effets secondaires redoutables.
Les chiens s'en foutent, mais les humains non. Ils veulent savoir ce qu'on pense d'eux. Ils sont friands de renseignements généraux, mais se méfient de leur race et préfèrent un regard extérieur porté sur leur comportement. Faute de pouvoir recueillir celui des chiens en général, ils questionnent alors les chiens parlants. Pas plus tard qu'y a pas longtemps, un bel aryen auvergnat me mettait à l'aise : « parle franchement, me lustrait-il dans le sens du poil, c'est pour un sondage anonyme ». Je me laissai donc aller à quelques confidences. Quand je lui dis que je trouvais ses congénères agressifs, peu respectueux d'autrui, il sourit, façon de dire : ça ne compte pas, c'est un jeu de rôle qui fait partie de notre patrimoine génétique. Quand j'ajoutai que les humains avaient souvent un vilain penchant pour la pratique du culte de la personnalité, il m'a dit que je tombais dans la caricature. Je m'abstins donc de lui parler du petit père des peuples, du grand timonier et de quelques autres individus que je gardais sous le coude pour qu'il sache que je n'étais pas sot. Mais c'est quand je lui ai dit que sa race était tombée bien bas en se vautrant dans la religion comme un éléphant dans la boue, qu'il s'est énervé et m'a dit d'aller faire les poubelles comme mes frères. L'opium du peuple a des effets secondaires redoutables.
lundi 8 juillet 2013
Tarsul, le 8 juillet 2013
Bonjour Leader Price, Mr Bricolage, Conforama, Télé Zapping, Lidl,
Info Magazine, Mobilier Séduction, Réaliser, Cora, Orange, Ixima,
Votre dévoué chien de sa chienne,
Droopy O. Goldman
Carrefour, Mag VVA, Bricomarché, Gifi, Carrefour Market
Je rentre de dix jours de vacances et je reçois toutes vos gentilles
lettres et prospectus en même temps. Vous connaissez ma faiblesse
et vous me faîtes saliver avec toutes ces photos de viande rouge et
de niches de luxe en panneaux mélaminés.
Que de belles images avec tous ces beaux produits que vous avez sélec-
tionnés pour moi ! Vous m'invitez à passer chez vous dans les plus brefs
délais, car si j'ai bien compris, ces prix-là vous ne pouvez pas les faire
tionnés pour moi ! Vous m'invitez à passer chez vous dans les plus brefs
délais, car si j'ai bien compris, ces prix-là vous ne pouvez pas les faire
tout le temps, ni à tout le monde.
Tant de sollicitude me touche et je comprends votre impatience à me
vendre toutes ces choses dont je n'ai pas besoin, mais vous oui, je com-
prends que vous avez besoin de les vendre pour pouvoir manger à votre
faim, qui est grande, forcément, vous êtes la Grande Distribution !
Je vais relire vos courriers à tête reposée et j'irai certainement vous voir
avant la fin de l'année.
En attendant, je vous fais un gros bisou à chacun et chacune sur le bout
faim, qui est grande, forcément, vous êtes la Grande Distribution !
Je vais relire vos courriers à tête reposée et j'irai certainement vous voir
avant la fin de l'année.
En attendant, je vous fais un gros bisou à chacun et chacune sur le bout
de vos têtes de gondole bien garnies.
mercredi 3 juillet 2013
Le samouraï... Jeff Costello marche dans la ville, il cherche une voiture... une DS... Jeff Costello ne conduit pas d'autre voiture... il essaie d'ouvrir la première qu'il aperçoit... elle est fermée à clé... la deuxième aussi... il marche en regardant droit devant lui, le feutre sur la tête... la portière de la troisième s'ouvre... il s'assied, regarde dans le rétroviseur... entre le pouce et l'index, il réajuste le port de son feutre sur le front... sans bouger la tête, il sort de la poche de son imper un trousseau de clés qu'il dépose sur le fauteuil passager... de sa main droite, il défait l'anneau métallique et déploie les clés en éventail... son visage est immobile, seul son œil varie, comme celui d'un oiseau qui fixe une branche, le ciel, une branche... l'une après l'autre, il sort chaque clé du trousseau et la glisse dans le contact du tableau de bord... après chaque tentative, il la repose sur le siège, bien alignée avec les autres, hors de l'anneau... cinq, dix, vingt essais, puis la clé tourne et le contact s'établit... il actionne le démarreur et quitte son stationnement... direction la maison d'Ivry où l'homme aux fausses plaques ouvre le rideau métallique, le referme derrière la DS blanche... Costello descend et se plante là pour attendre, debout, les mains dans les poches de son imper, sans un regard... « c'est la dernière fois, Jeff »...
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