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lundi 31 décembre 2012


Le Gros Poucet


Les poches pleines de scories lourdes de sens
et d'obsidiennes "viens-y si t'es un homme"
le poucet n’a pas peur, sauf de se résigner
fatigué de changer de cap à chaque lacet
du petit chemin en épingle à cheveux

Il y perd le nord et aussi son latin
qui male amat, male castigat ?
non, c'est plutôt cave diem ou bien
carpe canem… le doute s'insinue
car il le sait, errare humanum est !

Vers l'est, il y va, puisque l'est est à droite
du nord quand on va du sud vers le nord
il pense : mein deutsch me serait plus utile
wie ein messer, comme un couteau de poche
pour trancher dans le lard de la nuit

Mais parler la langue du pays ne sert à rien
quand on est dans le maquis, alors il rajuste
son bonnet pour ne pas perdre les bruits
et il laisse tomber ses gros cailloux noirs
irgendwie, ça sera moins lourd au retour

vendredi 30 novembre 2012


             Banco


Dans ma poche j'ai mis les billets
 et comme il y en avait encore
dans une valise j'ai mis les billets
 et comme il y en avait encore
dans un camion j'ai mis les billets
 et comme il y en avait encore

dans un wagon j'ai mis les billets
 et comme il y en avait encore
j'ai regardé ce qu'il y avait marqué
 si c'était pas des faux billets

Dessus c'était écrit "banco nacional
 
de la republica cubana", couleur verte
comme des dollars, mais de mauvaise
 
qualité, de mauvaise facture dirait-on
pour faire un bon mot, mais enfin
 c'était pas des billets de monopoly
alors pourquoi ça avait l'air d'une farce
 pourquoi est-ce qu’on n’y croyait pas ?

Porque caché dans un pequeno rincon
 entre la bandera della republica
cubana y una vista della gran plaza
 della revolutione, il y avait écrit
"el director del banco nacional" et
 c'était signé de trois lettres : Che !

jeudi 29 novembre 2012


        Instant Drop


La goutte d'eau de l'instant présent
the instant drop of water

tombe sur le sommet de ma tête
falls on the top of my head

d'une stalactite de larmes gelées
from a stalactite of frozen tears

sur une boursouflure d'humanité
on some kind of human puffiness

condamnée à l'oubli de la malfaçon
forced to mistake and oblivion

à la poubelle de la civilisation
to the garbage of civilization

comme un avorton de la pensée
like a bad born baby thought

asphyxié par son propre cordon
strangled by his own cord

mercredi 31 octobre 2012


          Cool, man


Tu veux la vérité vraie, man ?
elle est claire comme du jus
de chique, pure comme une eau
de vaisselle refroidie dans l'évier

Ou alors on parle de la plus belle,
la liberté. HAUT, BAS, FRAGILE, man
une Vénus de Botticelli mal emballée
que la Poste te fracasse en Picasso

L'humanité, l'hérédité ? une ménagerie,
du petit lait tourné en eau de boudin 
c'est du pareil on m'aime, man
de la poudre aux œufs, du flan

J'te saoule je sais bien mais
quand faut y aller faut y aller
tenter le coup, jouer le jeu
c'est la condition nue, man

mardi 30 octobre 2012


S'il Vous Plaît


Laissez les mots
pour ce qu'ils sont
des salopiots qu’on
voudrait voir grandir
des fils à papa
des ingrats

Dans l’état
où ils rentrent certains soirs
bourrés comme des cantines,
en oubliant qu’ils ont eu
à l’origine, un sens
on a honte de les héberger 

Où vous aimeriez
qu’ils soient
ils ne sont pas
et pour avoir
le dessus sur eux
il faut crier, fort 

Les trouver
au moment où
on en a le plus besoin
est un pari difficile,
presque le treizième
des travaux d’Hercule

En ouvrant la bouche
on se surprend parfois
la langue pendue
à un fil d’Ariane si fin, 
celui de la sagesse,
du mutisme, alors

S’il Vous Plait
Laissez les mots
Dans l’état
Où vous aimeriez
Les trouver
En ouvrant la bouche

dimanche 30 septembre 2012


Réveil


Bel objet
Qui donne
L’heure exacte
Deux fois par jour
Pour peu qu’il soit arrêté

samedi 29 septembre 2012


Le Nom du Père


Dans quelque temps peut-être
je pourrai te dire si l’écriture
automatique a prospéré
en marge du Verbe-Alizé
pour l’instant je n’ai trouvé que le nom
du mal qui m’a heurté un matin
masqué à l’heure du laitier
c’est celui de mon père
mais avec un J, avec un C, avec un B

Dans l’intervalle séparant la vision de la peur
juste avant le hoquet qui indique
que le corps de l’oiseau glisse au vent
sans queue ni tête pour gouverner
ses ailes creuses vers la vallée
je me rapproche en silence du rocher
luisant de l’humeur vitrée
d’un des mille yeux de la nuit, crevé
en passant le chas de l’aiguille blanche

vendredi 31 août 2012


Le Sourire de La Murène


Entre chienne et chatte
le marchand d’Angles Blancs K.O.
glisse son tapis de nerfs
sous les pieds de la nuit

À vrai dire un paillasson
usé jusqu’à la corde
qui ne tient couché
que par hypocrisie

Car il n’est pas rare
qu’il ondule d’aise
en me voyant me prendre
les nœuds round sensitifs
dans ses petites franges

Mon tourment nourrit
son sommeil exactement
comme la murène s’empiffre
des charognes marines
qui nagent entre les eaux noires

Et au petit matin
c’est avec le sourire
qu’il ébroue ses cinq sueurs

et me regarde d’un air contrit
aspirer ses miasmes
à pleins poumons

jeudi 30 août 2012


Le Tour de La Question


La question posée - ou la proposition
portait sur le même sujet dans tous les pays
et les dates du scrutin étaient suffisamment
espacées l'une de l'autre pour que chacun
puisse participer à tous les votes qu'il voulait

En effet, tout citoyen européen avait sa
nationalité d'origine, plus cinq autres de
son choix, mais sans procuration possible
avec l’obligation de se déplacer

Je commençai mon périple par l'Allemagne
puis l'Italie, et ainsi de suite dans le sens
des aiguilles d'une montre pour arriver au
Royaume Uni et dans ce cas, terminer
mon tour d’Europe par la France

D - Leben über alles
Und Gott mit uns

I - Non è bella la vita ?
    Un poco ma non troppo

E - Viva la muerte
No mejor

P - A vida é criança  de Lisboa
Obrigado ô meu Deus !

U.K - What kind of life ?
 A still life

F - Elle est pas belle la vie ?
     Et ta sœur ?

mardi 31 juillet 2012


Je sens dans les replis
de mon âme servile
des veines fragiles
où ma pensée circule
dans une galerie de termite  

À la recherche de ses ouailles
de ses idées… pourquoi ses ?
une seule idée suffira
- l’une après l’autre -
dépouillement fait loi

Mais il n’y a plus rien, tout
s’est écroulé, je ne sais pas
faire parler la poudre
encore moins trouver les mots
ceux que l’on transforme en acte

« Arrête ! » me dit une voix
« ne vois-tu pas que tu arrives
au bout de l’ennui ? » bien sûr,
mais je dois poursuivre, ne suis-je
pas le « chairman of the bored ? »  

J’ai trouvé ! Ici gît un fossile
un éclat de couleur pure, lessivé
si mal dégagé de sa gangue fœtale
qu’on pourrait le croire mort-né

Retourne-toi, prie une dernière fois
et fais une croix sur ta foi

lundi 30 juillet 2012


Je ne te parle pas, je t’écoute
tu ouvres les yeux sur tes propres paroles
comme un miroir de mots

Je ne te parle pas, je t’écoute
tu es ce que j’écris sans te voir
et tu m’ouvres à toi dans ton silence clos

Je ne te parle pas, je t’écoute
au centre de toi, je respire tes songes
et lave d’une saignée de gestes
ta souterraine angoisse

Pourtant je ne te parle pas, je t’écoute
je t’écoute et tu me contes un dieu
où loge ma naissance

C’est en toi que je nais,
et c’est dans mon silence que tu meurs
car je ne te parle pas, je t’écoute

samedi 30 juin 2012


       Dr Do Not


Cela faisait bien deux ans que j'allais voir
régulièrement le docteur à son cabinet
et je n'avais pas vu que sa boite à lettres
se trouvait au rez-de-chaussée sur rue
plus bas que l'entrée qui était à l'entresol
mais ce matin là ce n'est pas l'endroit
où elle se trouvait qui attira mon attention
mais l'inscription en plein milieu de la boite
car il manquait une lettre, tombée, perdue
volée peut-être par un quidam en manque
ce n'est rien une lettre, ça peut ne rien changer
à son mot, mais ça peut aussi tout changer
on pouvait lire distinctement : Dr DO NOT
et je me demande combien de patients
après avoir découvert l’identité du docteur
ont monté l'escalier avec l'ombre d'un doute
en faisant taire la petite voix qui leur soufflait
à l'oreille « you know, the doctor doesn't ! »

vendredi 29 juin 2012



Avec mon frère Guy
mon alguazil non familial
mon brinquin pas consanguin
on n’a pas le même filet rouge
qui court dans nos artères mais
à coup sûr c’est la même encre
sombre qui vient par capillarité
de nos bulbes rachidiens
vers nos stylos décharnés

Pour preuve, depuis longtemps
j’écris dans sa veine d’avant
et n’ayant rien reçu de récent
dans sa veine de maintenant
je persiste, saigne et perfuse
mais si peu, si faiblement que
mon algue à z’îles n’en saura rien
au moment de tremper sa plume
dans l’encre bleue du golfe du lion

jeudi 31 mai 2012

                   

                 1950


JWL né en 1940 à Liverpool UK
        …        ?   à       …      ?
débuts en 1960 à Hamburg RFA
interruption  en 1970 à London
mort en 1980 à New York USA

                  >+<

Qu'a fait John Winston Lennon
en mille neuf cent cinquante ?
rien ; il a eu dix ans au début
du mois d'octobre, et certains
ont vu sa gueule à la récré…

mercredi 30 mai 2012



Tu parles d’une vie méthodique, charmante
à ses jours, mais méchante à ses heures
tu parles de lui rendre cette justice
de la laisser faire selon ses rites
ancestraux, tu parles d’une vie

Tu parles d’une voix pour tous ceux dis-tu
qui n’en ont plus, ceux dont la langue
a été liée et qui s’étranglent à l’idée
de retrouver la parole, à la pensée
que la liberté existera, tu parles d’une voix

Tu parles d’un trait, d’une barre qui masque
la vue, qui barre le passage, et qu’il faut
effacer, qu’il faut soulever pour ne pas rester
planté là comme un privé, les deux pieds figés
dans la terre mouvante, tu parles d’une traite

Tu parles au présent d’un monde qui presse le pas
d’un monde oppressant qui déroule son tapis vert
son tapis gris, mais c’est pour cacher les taches
noires du passé, qui furent rouges de baisers et de
la virginité perdue, tu parles d’un monde qui fuit

Tu parles encore, mais l’éloquence n’est-elle pas
surtout faite de silences, posés entre les phrases
qui sont des valises trop lourdes dont on se déleste
de plus en plus souvent, jusqu’à les laisser sur place
pour aller voir un peu plus loin, si tu parles encore

lundi 30 avril 2012


posTe resTanTe



à Toi le Temps qui Te caches derrière
Ton peTiT doigT, avec Ton air de sainT
niTouche, de m’as-Tu-vu. Toi qui prêTes
à la TêTe du clienT, à Taux honTeux, Toi
et Ton Tiroir-caisse, ToTaliTaire Tirelire
qui TinTe à chaque Thune qui Tombe
Tu as Toujours Tiré la couverTure à Toi
nous laissanT TouT bébés accrochés au mur
gigoTanT dans nos langes Trop serrés
aTTenTion aux raTs qui sauTenT, aTTirés
par les peTiTs orTeils à l’éTouffée ; il esT
Trop Tard pour regreTTer d’avoir quiTTé
le venTre de nos mères, Trop TôT pour
Te Tancer, Toi qui Touche à TouT eT qui
résisTes à la TenTaTion. Tes Trois gouTTes
TombenT sur nos TêTes. Tu sais que ça nous
Tape sur le sysTème, et Toi Tu resTes là
Tel une leTTre morTe en posTe resTanTe
TouT le monde Trime, s’agiTe, faiT son
Truc, Tandis que Ta saTanique MajesTé
aTTend, TrompeTTe à  la main, bouche
enTr’ouverTe en peTiT Tunnel de Ténèbres
qui englouTiT l’insTanT "T" ; ô Temps
ôTe Toi de Toi que je m’y meTTe !

dimanche 29 avril 2012


          Carbone K


Écrire au noir, à l’aveugle, de confiance
pincer le crayon entre le pouce et l’index
sans mésestimer le rôle - majeur - du majeur
le laisser s’agiter, s’égarer dans des flaques
d’inspiration douteuse, avant de s’ébrouer
fissa là, sur le papier cousu de fil blanc

Écrire en sachant que seize the day
plus seize the day ne feront jamais
des mois de trente deux jours
écrire mais ne rien faire passer
par voie de presse, au risque de voir
aux culs blancs de ceux qui s’assoient dessus
imprimés à l’envers, les odes, les rimes 
les ballades, les chants divers

Croire à l’existence des hommes-poissons
à l’eau qui a fini par quitter les poumons
à l’oxygène O infiltrant le carbone K
parler sans souci de ce nuage noir
qui retombe en odeur de Sainteté
de ce rapprochement d’horizon
qui s’assombrit chaque jour
depuis des milliards d’années.
Écrire, c’est tracer des lettres
au noir de fumée dans un ciel d’encre

samedi 31 mars 2012


L'Oiseau Sans Nid
   

Et si je suis une vache
    und wenn ich bin eine kuh
pas sacrée pour un rond
    überhaupt nicht heilige
je rumine toute la journée
    ich kaue den ganzen tag wieder
soit de l’herbe tendre
    entweder grün gras
soit ce fameux - et seul ?
    oder dieses berühmt - und einziges ?
problème philosophique
    philosophisch problem
non pas le temps qu’il fait
    gar nicht das wetter heute
mais le rapace-temps
    aber das greifvogel-zeit
qui déploya ses ailes
    das seinen flügeln ausgebreiten hat
mais jamais ne les replie
    aber niemals klappt sie zusammen
car IL est une fois pour toutes
    denn ES ist ein für allemal
L’Oiseau Sans Nid
    Der Nestlos Vogel

vendredi 30 mars 2012


    La Wraie Wie
 
 
Irgendwo ist das wirkliches leben
mir begegnet in seine « so wie so »
dunkelrote verkleidigung… mais
dans la wraie wie, ça déboule
en laissant voir sa dent en or
ça se double, ça se dédouble
c’est redondant dedans
ça déborde du cadre
sans crier gare à toi !
car « toi » ne se voit pas
mais « moi » oui par millions
et il y a « nous » qui contient
tous ces moi baveux
comme des eux mal cuits
et nous est contre « eux »
nous, singeant eux
nous, sachant demander
mais pas pardon, et eux
pouvant paver leur enfer
en avance, eux voulant
enfin ouvrir ce pli
en souffrance…

mercredi 1 février 2012

Février


Un mois qui suit celui qui l’a précédé ne peut
pas être mauvais, et j’entends bien m’assurer
que ce sera le cas, c’est à dire qu’il sera bon,
ou si vous préférez, que ce ne sera pas le cas
d’un mois mauvais. De toutes façons, ce cas
- que j’accompagne de mes vœux - échéant
ou pas, ce mois sera - bon ou mauvais - mais
il sera, le problème étant que, suivant le cas,
je serai ou ne serai pas en mesure de pouvoir
contrôler sa qualité. Car comment juger de
la qualité d’un mois qui en serait dépourvu ?
Le seul moyen de surveiller son évolution
reste donc de se situer dans le cas où ce cas
échoit, car là vous avez le choix de donner
suite ou non à votre entreprise, parce qu’é
-videmment s’il n’échoit pas, qu’en serait-il
de la possibilité d’une tournure favorable
que pourraient prendre les évènements, alors
que l’hypothèse même de leur survenance
serait - par la force du postulat - caduque ?