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mercredi 15 avril 2015

DERNIER TANGO À L.A. (13)

Le Lost Weekend de John Lennon vient de prendre fin ; il réintègre le Dakota Building au début de l'année 1975 et, deux mois plus tard, Yoko lui annonce qu'elle attend un enfant. Au moment où sort officiellement l'album ROCK 'N' ROLL, au terme d'un invraisemblable imbroglio impliquant l'ineffable Morris Levy, Lennon a pris la décision de se retirer de la vie publique et de ne plus faire de musique, pour se consacrer entièrement à son fils Sean, né le 9 octobre*, pendant que Yoko "gérerait les affaires". Une nouvelle vie commence (...)


* comme lui                             © Manuel Rabasse 2014

mercredi 8 avril 2015

DERNIER TANGO À L.A. (12)

Le lendemain soir, à l'heure dite, John débarque au Madison Square Garden, littéralement dévoré par le trac. Après avoir vomi backstage, il est sur le point de renoncer quand Bernie Taupin, le parolier d'Elton, le pousse littéralement sur scène aux deux tiers du concert, comme cela était prévu. Et Elton annonce, non sans fierté : « Comme c'est Thanksgiving, nous nous sommes dit que nous allions faire de cette soirée un événement un peu joyeux en invitant quelqu'un à nous rejoindre sur scène » John arrive, mâchant nerveusement son chewing-gum comme il l'a toujours fait en concert, les yeux dissimulés derrière ses lunettes noires. Il salue longuement le public, et soudain c'est l'émeute : 18000 personnes deviennent totalement hystériques. Même s'il est encore nerveux, Lennon prend rapidement ses marques et se lance avec Elton dans une version débridée de Whatever Gets You Thru the Night. Au moment d'entamer I Saw Her Standing There, Lennon esquisse même un semblant de plaisanterie, en annonçant : « Un morceau écrit par un ancien fiancé à moi, nommé Paul ! ».
Trois petites minutes plus tard, c'est terminé. Tout le monde s'étreint et pleure, et Lennon disparaît dans les coulisses. On ne le reverra jamais plus sur une scène. Tandis que Elton termine son show, Yoko, venue assister secrètement à l'événement, le rejoint dans les loges, où ils restent un long moment assis, comme seuls au monde, non loin de May Pang visiblement mal à l'aise.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 1 avril 2015

DERNIER TANGO À L.A. (11)

Entre-temps, John est revenu à New York où il entreprend d'apporter la touche finale à Pussy Cats et de régler ses problèmes avec l'Immigration. Ayant également réussi, moyennant la coquette somme de 90.000 dollars, à persuader Phil Spector de lui restituer les bandes du fameux Rock'n'Roll, il a enfin la possibilité de boucler - en cinq jours seulement - les derniers titres de l'album.
En attendant le 28 novembre, date du concert d'Elton John, il s'occupe en assurant la promo de Walls and Bridges. Assez ironiquement, les interviews qu'il accorde à la presse anglaise ont lieu juste à côté d'une convention Beatles, à l'occasion de laquelle il finit par avouer à la journaliste Lisa Robinson qu'il collectionne lui-même les objets Beatles « Elton John m'a offert des poupées Beatles. Je n'ai pas la lunchbox. J'aimerais bien. C'est plutôt utile comme objet »
Une semaine avant le concert du Madison Square Garden, John assiste à un show d'Elton John à Boston. Une prestation dont il ressort terrorisé, face à l'aisance du musicien et à la ferveur du public. Pourtant, malgré son appréhension, il se rend le 27 novembre aux répétitions avec Elton et son groupe. Le choix des chansons se porte sur Whatever Gets You Thru the Night, la version dite reggae de Lucy in the Sky with Diamonds et, plus curieusement, à la suggestion d'Elton, sur I Saw Her Standing There des Beatles, une chanson que Paul a toujours chantée.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 25 mars 2015

DERNIER TANGO À L.A. (10)

Pourtant, si l'on en croit Elliot Mintz, "pour une journée d'incohérence alcoolisée, il y en avait dix où il était parfaitement clair". Notamment lorsqu'il reçoit Cynthia et Julian, qu'il emmène plusieurs fois à Disneyland, et surtout quand il prend en main l'enregistrement d'un album de Nilsson, Pussy Cats. Lennon réalise qu'au milieu du chaos qu'il engendre plus ou moins malgré lui - le nombre de stars hollywoodiennes qui débarquent en studio ou dans la grande maison qu'il loue à Santa Monica est carrément hallucinant - il est le seul capable de prendre des responsabilités.
Les séances de Pussy Cats démarrent le 28 mars 1974 aux studios Burbank, avec plus ou moins les mêmes musiciens que ceux qui officient sur Oldies but Mouldies, et bénéficient, dès la première semaine, de la visite inattendue de Paul et Linda McCartney de passage en ville. La soirée finira par une longue jam sur Midnight Special, au cours de laquelle les fameuses harmonies vocales, passablement entamées par l'alcool toutefois, résonneront pour la toute dernière fois. Le partenariat ATV/Northern Songs ayant été dissous et Klein évincé, les rapports entre les deux vieux complices se sont nettement améliorés. D'ailleurs, quelques mois plus tard, au cours d'interviews données à la presse anglaise, Lennon évoque pour la première fois la possibilité de reformer les Beatles.
« Il n'existe aucune loi qui dise que nous ne ferons plus rien ensemble, et aucune loi qui dise qu'on le fera. Si on faisait quelque chose (ensemble) je suis certain que ce ne serait pas permanent. On le ferait juste pour ce moment-là. Je pense que nous sommes plus proches à présent que nous ne l'avons été depuis longtemps ».

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 18 mars 2015

DERNIER TANGO À L.A. (9)

Même si toute cette histoire a sans doute été un peu exagérée, les exactions de Lennon en compagnie de Harry Nilsson, qui est devenu son compagnon de beuverie préféré, puis de Keith Moon venu rejoindre la petite bande de fêtards, sont généralement avérées. Il y a d’abord cette soirée de février 1974 au Troubadour, où se produit la chanteuse Ann Peebles, alors au sommet de sa carrière grâce au formidable I Can't Stand the Rain. Même s'il déclare qu'il s'agit de la meilleure chanson de tous les temps, Lennon a l'idée saugrenue d'arborer une serviette hygiénique trouvée dans les toilettes de l'établissement en guise de couvre-chef pendant la prestation de Peebles. Puis, le 12 mars, au même endroit, c'est le grand retour des Smothers Brothers, un duo de comédiens et musiciens folk, dont le Comedy Hour télévisé était très populaire dans les années 60, avant qu'il ne soit supprimé pour cause de sympathie avouée du duo pour la contre-culture. Ce soir-là, John et Nilsson entonnent à tue-tête le même I Can't Stand the Rain de Peebles, avant d'être pris à partie par le manager des Smothers Brothers et de se faire éjecter du Troubadour. J'étais comme un poulet sans tête, déclarera ensuite Lennon. « Je me réveil- lais dans des endroits étranges, ou bien je découvrais des trucs sur moi dans le journal racontant des choses extraordinaires que j'avais faites, pour moitié vraies et pour moitié fausses. Et je me suis retrouvé dans une sorte de rêve dingue pendant un an...»

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 11 mars 2015

DERNIER TANGO À L.A. (8)

Les clés en sont confiées à Phil Spector, avec qui l'ancien Beatle a enregistré ses deux premiers disques post-Beatles, Plastic Ono Band et Imagine, et les musiciens constitués d'un aréopage de requins de haut vol au nombre desquels figurent Jim Keltner, Klaus Voormann, Steve Cropper et Jesse Ed Davis. S'échelonnant d'octobre à décembre 1973, les séances du futur Rock'n'Roll, on le sait, dégénèrent très vite, Spector s'illustrant surtout par ses déguisements extravagants, sa consommation gargantuesque de cognac Courvoisier, son penchant qui s'avérera funeste pour les armes à feu et le kidnapping final des bandes enregistrées. Lennon n'est pas en reste, décrit par Jim Keltner comme "assis la plupart du temps sur un tabouret un casque sur les oreilles, avec un seau rempli de vodka d'une taille carrément ridicule à ses pieds". Installé avec May Pang dans la maison du producteur Lou Adler, Lennon "biberonne, comme jamais depuis mes 20 ans". Il laisse surtout libre cours à la partie la plus destructrice de sa personnalité, malgré la présence a priori rassurante de Mal Evans, l'ancien roadie des Beatles, qui le raccroche à ses racines liverpuldiennes. À Los Angeles, les frasques de Lennon deviennent vite légendaires, même si tout le monde fait son possible pour éviter qu'elles ne s'ébruitent dans la presse afin de ne pas aggraver son cas vis-à-vis de l'INS. Mais même celles qui paraissent les plus invraisemblables, telles que narrées par Albert Goldman dans son abominable Une vie avec les Beatles, seront a posteriori confirmées par des sources plus fiables. Il y a ce jour où, excédé par l'attitude laborieuse de Spector, il manque de violer May Pang devant tous les musiciens, avant de sortir du studio avec Jesse Ed Davis, de rouler une énorme pelle à celui-ci, puis de le repousser violemment. Une fois en voiture, il entreprend de rouer de coups les autres passagers, en hurlant alternativement : « May ! Yoko ! May ! Yoko ! ». Arrivé à Bel Air, Lennon tente d'étrangler Phil Spector, qui heureusement ne se déplace jamais sans George, son garde du corps. Celui-ci finit par ligoter Lennon à son lit, mais ce dernier, totalement incontrôlable, parvient à se libérer et commence à balancer les meubles par la fenêtre. Lennon finira par se calmer dans les bras de Tony King, un employé du label Apple, non sans avoir réduit en poussière la collection de disques d'or accumulée par Lou Adler grâce aux Mamas & the Papas.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 4 mars 2015

DERNIER TANGO À L.A. (7)

Le 18 septembre, John s'envole pour Los Angeles en compagnie de la ravissante May Pang qui doit lui servir tout à la fois de gouvernante, d'assistante et de maîtresse. « Yoko m'a littéralement foutu à la porte, racontera-t-il plus tard. Je ne suis pas parti en disant que j'allais me faire un trip de célibataire rock 'n' roll. Elle m'a vraiment dit : Fous le camp et j'ai répondu : OK, OK, je m'en vais... célibataire et libre. J'avais été marié toute ma vie et je me suis dit : Whoooyippie ! Mais ça a été vraiment horrible » C'est là que commence ce que John lui-même va appeler son "Lost Weekend", en référence sans doute à un classique du film noir réalisé en 1945 par Billy Wilder, avec Ray Milland dans le rôle d'un jeune écrivain alcoolique qui se retrouve seul un week-end à New York à lutter contre ses démons. Lennon, lui, n'est pas seul : dès son arrivée avec May, il est accueilli par Elliot Mintz. Ancien DJ qui s'est fait virer pour avoir diffusé en intégralité et sans interruption Some Time in New York City à l'antenne, il travaille désormais pour l'émission Eyewitness News sur la chaîne ABC.
D'après Mintz, dès que John a débarqué, il n'avait qu'une seule idée en tête : retrouver Yoko. Se révèle ainsi toute l'ambiguïté de ce "week-end perdu". Lennon va se comporter comme le plus invétéré des célibataires tout en appelant Yoko vingt fois par jour, celle-ci contactant May presque aussi souvent pour être au courant des faits et gestes de son mari. Ce qui est certain, c'est que John est complètement paumé. Théoriquement, il est censé rencontrer les gens de sa maison de disques, Capitol, pour promouvoir Mind Games, puis profiter de sa présence à Los Angeles pour régler un vieux contentieux avec l'éditeur Morris Levy. Ce "conflit" - qui finira devant les tribunaux - va obliger Lennon à enregistrer au moins trois chansons tirées du très abondant catalogue que possède celui que l'on surnomme "La Pieuvre" dans le métier. Un catalogue riche en classiques du rock'n'roll et du rythm'n'blues, obtenus dans des conditions souvent douteuses, mais qui inspirent suffisamment Lennon pour qu'il envisage d'enregistrer un album complet dont le titre de travail est Oldies but Mouldies.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 25 février 2015

DERNIER TANGO À L.A. (6)

C'est d'autant plus dramatique que Lennon a enfin trouvé un lieu de vie qui semble lui convenir parfaitement. Un vieil immeuble gothique, un peu inquiétant, construit en 1880 et qui domine Central Park, le Dakota. C'est en partie là que Roman Polanski a tourné son chef-d’œuvre Rosemary's Baby, et l'endroit comptera au fil de sa longue histoire nombre de résidents célèbres, tels que Lauren Bacall, Arthur Rubinstein ou encore Boris Karloff. Les Lennon y achètent un premier appartement (ils finiront par en posséder cinq) de douze pièces, lequel a appartenu à l'acteur Robert Ryan. En apparence, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour le couple...
Un an plus tôt, Lennon est en outre parvenu à se débarrasser légalement du calamiteux Allen Klein, qui se désintéresse désormais totalement du sort de ses poulains, John, George et Ringo. Bien évidemment, Klein intente un procès à John, affirmant lui avoir prêté 500 000 dollars, que ce dernier ne lui aurait jamais rendus. Cela n'empêche nullement le musicien d'être très productif, écrivant de courts essais et des réflexions (qui seront publiés à titre posthume sous le titre Skywriting by Word of Mouth, soit "Éclats de ciel par ouï-dire") ainsi que des chansons qu'il destine à Ringo Starr (Goodnight Vienna), à Johnny Winter (Rock 'n' Roll People) ou à Keith Moon (Move Over Mrs L). Il supervise également l'enregistrement du nouvel album de Yoko, tout en travaillant sur Mind Games. Enfin, tous deux sont désormais clean, après une longue dépendance à la méthadone, clean au point de ne "même plus fumer d'herbe".
Pourtant, il se produit une chose incroyable, John et Yoko vont prendre la décision de se séparer. En cause, l’appétit sexuel de John qui, même s'il n'a quasiment jamais été infidèle à sa femme, semble le tarauder sans relâche. Appétit que Yoko ne paraît plus en mesure de satisfaire. Le couple prend le problème à bras-le-corps et décide, d'un commun accord, que John peut aller voir ailleurs si l'envie lui prend. Loin si possible, et de préfé- rence avec quelqu'un que Yoko connaît. Voire qu'elle pourra contrôler. Le choix se porte donc sur May Pang, cette jeune sino-américaine qui travaille pour eux depuis deux ans, tandis que John suggère que Yoko aille butiner du côté de David Spinozza, ce jeune guitariste très doué qui a participé aux sessions de Mind Games.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 18 février 2015

DERNIER TANGO À L.A. (5)

Le 18 octobre, la surprise est totale pour Lennon : Whatever Gets You... devient n°1 des charts et Walls and Bridges suit aussitôt le même chemin. En partie grâce à Elton, Lennon a réussi son come-back, mais il a perdu son pari et va devoir tenir sa promesse de se produire sur scène, ce qu'il n'a pas fait depuis le concert du 30 août 1972 au Madison Square Garden - si l'on excepte un bœuf impromptu au Troubadour de L.A., le 30 novembre 1973, à l'occasion d'un concert de Dr John. Mais avant cela, Lennon a décidé de retourner au Record Plant en compagnie du noyau dur des musiciens qui ont participé aux sessions de Walls and Bridges. Il souhaite terminer l’enregistrement de cet album de reprises de classiques du rock fifties, Oldies but Mouldies, entamé un an plus tôt à L.A. sous la houlette de Phil Spector et demeuré inachevé.
Pour bien comprendre de quoi nous parlons ici, il convient de revenir au début de l'année 1973. Celle-ci a fort mal commencé, avec la réélection de Richard Nixon, l'ennemi juré de John. Le prenant - plutôt à raison (l'album Some Time in New York City, entre autres) - pour un personnage dangereusement subversif, Nixon a en effet fait des pieds et des mains pour favoriser son expulsion du territoire américain. En réalité, maintenent qu'il a réinvesti la Maison Blanche, Nixon se moque comme d'une guigne de Lennon. Mais celui-ci n'en sait rien et se croit toujours espionné par le FBI. De toute façon, son sort est toujours suspendu à la décision de l'Immigration and Naturalization Service (INS). Suite à une condamnation pour usage et possession de drogue au Royaume-Uni, son ordre d'ex- pulsion est confirmé le 23 mars. Il a soixante jours pour quitter le territoire.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 11 février 2015

DERNIER TANGO À L.A. (4)

John et Elton se sont rencontrés récemment à Los Angeles et Lennon ne cache pas son admiration pour l’exubérant chanteur et pianiste anglais, alors au sommet de la gloire. Aussi, lorsque Elton demande s'il peut "ajouter un un peu de piano" à la chanson, Lennon acquiesce avec enthousiasme. Au final, ils finiront par chanter le refrain en chœur - sur le même micro - et Elton John ajoutera un peu d'orgue à l'ensemble, histoire de pimenter l'affaire. Contre l'avis de Lennon, la chanson est très vite choisie par Capitol comme premier single et donne l'occasion de mesurer l'incroyable culot d'Elton, qui n'hésite pas à provoquer Lennon. Si jamais Whatever Gets You Thru the Night devient n°1 des ventes de singles aux États-Unis, l'ex-Beatle doit promettre de monter sur scène avec lui lors de son futur concert au Madison Square Garden, le soir de Thanksgiving. Curieusement, Lennon accepte. Probablement parce qu'il n'y croit pas beaucoup, après l'échec commer- cial rencontré par Mind Games. 
Walls and Bridges est mis sur le marché le 26 septembre 1974, trois jours après la mise en vente du single Whatever Gets You Thru the Night. Invité à donner son opinion sur le nouveau 33 tours de son ex-"partner in crime", McCartney déclare : "C'est un très bon album, un grand album, mais je sais qu'il peut faire mieux. J'ai entendu I Am the Walrus aujourd'hui par exemple, et c'est ce que je veux dire. Je sais qu'il peut faire mieux que Walls and Bridges. Je trouve que Walrus est mieux. C'est plus aventureux. Plus excitant." D'autres se montrent plus enthousiastes que Paul. Bien décidé à redorer le blason de son nouvel ami, Elton John décide de reprendre Lucy in the Sky With Diamonds, l'un des joyaux psychédéliques de Sgt Pepper's, dans une version légèrement colorée reggae. Lennon est présent lors de l'enregistrement au Caribou Ranch, studio situé dans les montagnes rocheuses au Colorado, à 3000 mètres d'altitude. Il y joue de la guitare sous le pseudonyme de Dr Winston O'Boogie et assure également les chœurs sur la face B du single, One Day (at a Time), une composition extraite de Mind Games.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 4 février 2015

DERNIER TANGO À L.A. (3)

Il y a beaucoup moins de tendresse, en revanche, dans Steel and Glass, une attaque directe ("And you leave your smell like an alley cat") contre Allen Klein, l'ex-manager des Beatles et conseiller financier de Lennon et Ringo Starr, avec lequel il est alors en procès. Même si Lennon lui-même a toujours affirmé "que la chanson ne s'adresse pas à une personne en particulier. J'ai utilisé plusieurs personnes, un peu comme un romancier qui compose un personnage à partir de plusieurs de ses connaissances. En tout cas, ça ne s'adresse pas à Paul". À la différence de How Do You Sleep qui, dans Imagine, reprochait amèrement à McCartney d'avoir refusé de s'associer à Klein, précipitant ainsi la dissolution de leur partenariat. Tout aussi lugubre, Scared livre cette phrase terrible qui sonne comme un aveu : "Hatred and jealously / Is gonna be a death of me". Enfin, Nobody Loves You (When You're Down and Out), composée au début du Lost Weekend et illuminée par un solo merveilleux du guitariste Jesse Ed Davis, reflète son sentiment de solitude extrême autant que ses désillusions par rapport au music business. Lennon dira plus tard l'avoir imaginée chantée par Frank Sinatra. "Je ne sais pas trop pourquoi, mais c'est un genre de chanson sinatraesque, vraiment. Il ferait du super boulot avec. Tu m'entends, Frank ?".
Mais la chanson phare de ces séances de l'été 1974, c'est Whatever Gets You Thru the Night. D'après May Pang, celle-ci a été inspirée à John par la prestation télévisée nocturne d'un pasteur évangéliste noir, Reverend Ike. Musicalement, la progression harmonique s'inspire du hit (prédisco) Rock Your Baby par le chanteur George McCrae, que Lennon aime beaucoup. Mais le morceau va surtout bénéficier de l'apparition impromptue d'Elton John au Record Plant, alors que John travaille déjà sur le titre avec ce groupe de sessionmen - pour la plupart de vieilles connaissances -, dont le noyau dur est composé de Nicky Hopkins au piano, de Klaus Voormann à la basse, de Jim Keltner à la batterie et de Jesse Ed Davis aux guitares.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 28 janvier 2015

DERNIER TANGO À L.A. (2)

C'est au Pierre, en face de Central Park, où il s'est installé en rentrant de L.A., que Lennon a composé la plupart des chansons de cet album qui doit succéder à Mind Games, publié l'année précédente. Le thème qui domine ses nouveaux morceaux, c'est l'absence de Yoko Ono, dont il est séparé depuis l'été précédent - on lui attribue cette fameuse phrase prononcée a posteriori : " Notre séparation a été un échec total " -, dans une tentative complètement ratée de pallier certains manques qui semblent déséquilibrer une relation jusque-là incroyablement fusionnelle.
Going Down on Love, le premier titre, donne par exemple une assez bonne indication de l'état d'esprit plutôt sombre qui a dominé les premiers mois, Lennon paraissant totalement désorienté par l'absence de Yoko. Un peu plus loin Bless You, qu'il considérait comme la meilleure chanson du disque, est une réflexion sur l'amour qu'il lui porte et "la façon dont l'amour évolue, ce qui est une des surprises que nous réserve la vie. Ce n'est plus tout à fait la même chose même si c'est encore de l'amour, et Bless You parle en partie de ça". What You Got, quant à elle, évoque directement Yoko et ce qu'il a perdu en la quittant. Au départ une chanson rockabilly inspirée par Carl Perkins et pastichant le Rit It Up de Little Richard, elle se transforme en performance disco-funk telle que les O'Jays pouvaient la pratiquer alors avec succès. Pourtant, c'est bel et bien May Pang, sa compagne du moment, qu'on entend sur #9 Dream, somptueux titre mid-tempo gorgé de chœurs et de cordes, aux arrangements directement inspirés de ceux que John avait écrits pour la rep- rise du Many Rivers to Cross de Jimmy Cliff, enregistrée par son ami Harry Nilsson, lequel cosigne la ballade Old Dirt Road - sur laquelle il assure également les backing vocals.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 21 janvier 2015

DERNIER TANGO À L.A. (1)

En juillet 1974, John Lennon prend ses quartiers au studio Record Plant de New York. Il est là pour enregistrer et produire lui-même les chansons qu'il a écrites depuis son retour à New York, après avoir séjourné plusieurs mois à Los Angeles en compagnie de May Pang, sa jeune assistante, avec laquelle il entretient une liaison plus ou moins téléguidée par sa femme, Yoko Ono. Soit l'une des périodes les plus troublées de la vie de John, que l'histoire retiendra sous le nom de Lost Weekend mais qui s'avérera aussi l'une des plus créatives de sa carrière solo. Au printemps, celui qui selon le journaliste Elliot Mintz "ne s'est jamais habitué à L.A." s'est installé dans un petit appartement de la 52ème Rue Est avec May Pang. Les deux amants ont pour voisine Greta Garbo, la "Divine". Après les excès du Lost Week-end, durant lequel, de son propre aveu, il s'est "noyé dans l'alcool", John est dans une période plutôt positive. Il lui arrive encore de se soûler mais pas excessivement, et il reçoit chez lui, avec beaucoup d'affabilité, quelques vieilles connaissances de passage en ville comme Paul et Linda McCartney ou encore Mick Jagger, avec et parfois sans Bianca... Il y accueille surtout Julian, le fils né de son premier mariage avec Cynthia, qu'il n'a pas vu depuis plusieurs années et avec lequel il vient de renouer. Lennon essaie d'être un bon père. Pour Julian, il endosse même le rôle de professeur de guitare, et l'invite à jouer (de la batterie) au Record Plant le temps d'une courte reprise de Ya Ya, lors des sessions de ce qui deviendra l'album Walls and Bridges.

(à suivre)   © Manuel Rabasse 2014

mercredi 14 janvier 2015

DERNIER TANGO À L.A. (0)

Tous les mercredis à partir du 21 janvier, le Fermoir publiera un article de Manuel Rabasse intitulé  Dernier tango à L.A.  publié dans Rolling Stone d'octobre 2014. Il sera question de la période américaine de John Lennon, entre New York et Los Angeles, années 1973-1974
 ATTENTION  = lecture déconseillée aux accros de DEXTER, ESPRITS CRIMINELS, TOUCHE PAS À MON POSTE, aux femmes enceintes, aux insuffisants rénaux, aux personnes souf- frant d'intolérance au génie utilisé pur, donc à tout individu non sensible à  The BEATLES